Qui aurait employé le terme E-Sport 10 ans en arrière? Très peu de monde. Or, l'avenir de tous les sports est l’e-Sport. Cela peut sembler audacieux, mais il y a de plus en plus de preuves à l'appui. Le e-Sport est aujourd’hui un rapprochement entre le sport et la technologie. Et la Tunisie se laisse doucement emporter par ce courant. Ce terrain génère un chiffre d’affaires énorme et a provoqué la naissance d’un business colossal.

En effet, l’industrie des jeux vidéo a connu un essor sans précédents pour l’année 2020 – sous l’effet du confinement et de la distanciation sociale. Les internautes ont dépensé l’extravagante somme de 10 milliards de dollars pour des jeux en ligne rien qu’en Mars dernier, selon le cabinet d’analyse, SuperData, sous l’égide de l’agence d’observation des audiences américaines, Nielsen.

Un modèle économique qui rapporte

"L’e-Sport est toute compétition utilisant comme support les jeux vidéo. Ceci nécessite une préparation mentale et un entrainement. Et le jeu n'est pas forcément une simulation d'un certain sport comme 'FIFA' pour le football, ça peut même aller à qui fera un meilleur score dans Super Mario" a déclaré Amine Bounaoues, directeur technique à la fédération tunisienne des sports électroniques.

Depuis qu'internet s'est démocratisée et avec l'apparition de la fibre optique, essentiellement dans les pays du Nord, le e-Sport a connu un essor. Au lieu de jouer contre la machine, on a aujourd'hui la possibilité de se mesurer les uns contre les autres. Des jeux comme Counter-Strike ont été sujets à plusieurs compétitions.

Dans cette optique, il y a eu des entreprises qui ont commencé à organiser des tournois. "Lorsque l'on parle de tournois, il y a la médiatisation, des récompenses pécuniaires et de la visibilité" a ajouté le directeur technique de la fédération. Et c’est suite à ces types de tournois qu’il y a eu l'apparition de joueurs "superstars".

Là où ça rapporte gros, les éditeurs de jeux vidéo s’y rendent et y font mouche. On peut citer Riot Games qui organise le championnat du monde de League of Legends avec un prix de 2 millions de dollars pour l’heureux gagnant. Mais ce n’est pas donné de participer à ce type de tournois de renommée, seuls les gagnants aux qualifications régionales peuvent participer au tournoi mondial.

Un autre concept existe pour l’organisation de ces tournois. "Les joueurs cotisent pour constituer une cagnotte. La dernière cagnotte était de 39 millions de dollars. Et le gagnant remportera la totalité la somme" assène Bounaoues.

Avec ça, il y a la Fédération internationale des sports électroniques qui organise un tournoi mondial annuel dans lequel participent les associations et fédérations nationales et chaque participant représente son pays respectif, le gagnant remporte 25 mille dollars.

"D'autres jeux comme Clash Royale ont pu rassembler plusieurs joueurs sur internet et ceci a amené à l'organisation de tournois et le jeu est désormais considéré comme un support sportif. Mais pas n'importe qui peux se qualifier, il faut un préparateur mental, un coach qui assure le suivi et la mise en place d'une stratégie d'équipe. L'enjeu est grand" a-t-il martelé.

En outre, des plateformes de streaming comme Twitch, une plateforme assurant la diffusion vidéo de jeux vidéo ont vu le jour. Cette plateforme a connu un essor sans précédent. Cette plateforme a été acquise par Amazon en 2014 pour 700 millions de dollars. Aujourd’hui, la même plateforme vaut 6 milliards de dollars. La communication a pris le canal du streaming. Beaucoup de Brands se sont lancées dans le e-Sport comme Nike qui a sponsorisé des joueurs.

Les choses bougent en Tunisie

"En Tunisie, on a beaucoup de joueurs. Leur nombre est d'environ 700 mille à 800 mille. Pour notre niveau, nous sommes très bien placés dans la région MENA" indique Amine Bounaoues. En effet, l'on dispose de l'association TAG (Tunisian Association of Gamers). Cette dernière était inscrite à la Fédération internationale des sports électroniques et participait depuis 2013 aux coupes du monde.

Les résultats, quant à eux, étaient mitigés. Par la suite, la Fédération des sports électroniques a vu le jour en 2017, la TunESF. Cette fédération stimule et organise les jeux.

"En Tunisie, pour fonder une équipe, il faudrait que le joueur ou les joueurs n'aient aucune activité à part se consacrer à plein temps aux jeux vidéo. Aux USA, par exemple, des hommes d'affaires investissent dans les joueurs en leur offrant le matériel, les équipements, l'entrainement nécessaire et un salaire" ajoute le directeur technique de la TunESF.

De fait, aujourd’hui, tous les clubs sportifs en Tunisie (EST, CA, ESS...) ont leurs sections e-Sports. Ils disposent aujourd'hui de leurs propres joueurs. Et ceci a été réalisé lors de la création de la TunESF pour y adhérer. L'objectif était de structurer et de soutenir les joueurs.

Et ce n’est pas le cadre légal qui manque en Tunisie. Après la création de la fédération, le e-Sport est aujourd'hui considéré un sport comme les autres. Les joueurs affiliés aux associations membres de la fédération disposent de la licence de sportif. Même sur la Carte d'identité nationale, le joueur e-Sport dispose de son statut. En 2019, la fédération a participé à la coupe du monde d'e-Sport à Séoul. "Les joueurs tunisiens ont été subventionnés par le ministère comme étant des sportifs. On a été accueillis par l'ambassadeur de la Tunisie en Corée. Comme tout autre sport" a soutenu Bounaoues.

Encore aux prémices

Ce qui a été réalisé au niveau de la fédération, c'est de pousser les structures sportives à adhérer dans les e-Sports. Et ce, pour vulgariser ces compétitions et créer un enjeu sportif pour les jeunes, amener les marques à sponsoriser les joueurs et les tournois pour ainsi générer un revenu pour les joueurs.

"En Tunisie, on est encore aux prémices. Il faut être joueur et il faut savoir communiquer sur les réseaux sociaux, un peu comme l'a fait le studio Electronic Arts (EA), qui a mis sur le marché le jeu Apex Legends et a annulé la campagne marketing" a-t-il argumenté.

Le studio a payé à un joueur influenceur la coquette somme d'un million de dollars pour faire la promotion et le marketing sur les plateformes de streaming. Résultats des courses, plus de 25 millions de joueurs au bout d'une seule semaine.

"Il faut attirer plus de joueurs engagés pour professionnaliser le e-Sport en Tunisie. C'est en train d'être organisé au sein de la fédération. Nous sommes en contact avec beaucoup de brands en Tunisie qui se spécialisent dans les jeux vidéo. Quand ceci aura lieu, d'autres métiers liés aux e-Sports verront certainement le jour. Pour l'instant, on est encore au tout début de l'aventure" assure Amine Bounaoues.

Le bien-être des joueurs avant tout

L’addiction aux jeux vidéo a été formellement reconnue comme maladie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au même titre que celle à la cocaïne ou aux jeux d’argent. Quelque 2.5 milliards de personnes dans le monde jouent aujourd’hui aux jeux vidéo.

Mais le trouble ne touche qu’une petite minorité, a rappelé le directeur du département de la Santé mentale et des toxicomanies de l’OMS, Shekhar Saxena. Et d’ajouter que: "Nous ne disons pas que toute habitude de jouer aux jeux vidéo est pathologique", a-t-il souligné.

Pour Amine Bounaoues, cette inquiétude n’a pas lieu d’être. "L'on parle de sport et de sportifs. Ces jeunes personnes sont suivies par des coachs et des préparateurs mentaux. Ce n'est pas la même chose que de passer des journées entières hypnotisé devant sa console jusqu'à l'isolement" a-t-il expliqué.

En effet, les joueurs professionnels ont une hygiène de vie. Ils doivent se coucher tôt et se lever tôt pour assurer une performance optimale – elle-même tributaire d'une bonne concentration –. Pour l'addiction, le directeur technique a tenu à faire savoir que chaque jeu a un âge minimum selon les normes PEGI. "Après, chaque parent doit avoir une responsabilité. Il est indéniable que l'addiction aux jeux vidéo existe mais elle est marginale par rapport aux autres addictions".

Et d’assurer que pour les e-Sports, la santé mentale des joueurs n'est pas compromise et le jeu n'est pas poussé à outrance. Le joueur s’entraînera 4 à 5 heures par jour comme pour un sportif lambda. Plus encore, lors des tournois, comme pour n'importe quel autre sport, des tests de dopage est effectué. Tout est mesuré.

La Tunisie a pris le train des e-sports en marche mais semble compter sur des équipes prêtes à faire de ce sport une vitrine du pays. Vraisemblablement, elle est sur la bonne voie.