La troisième édition du Global e-waste monitor 2020, étude périodique lancée en 2017 par le Global E-waste Statistics Partnership, nous fournit un aperçu complet de la situation des déchets électroniques pour relever le défi mondial qui consiste à faire face au réchauffement climatique.

L'économie numérique, qui offre des opportunités de croissance incontestables, est de plus en plus investie par le monde de l’entreprise et des startups. Parallèlement, des niveaux plus élevés de revenus disponibles, l'urbanisation et l'industrialisation dans de nombreux pays en développement conduisent à une augmentation des quantités d'équipements électriques et électroniques et, par conséquent, à de plus grandes quantités de déchets électroniques.

Et les effets de cette transition numérique sont considérables et potentiellement dévastateurs. L’édition du Global e-waste monitor de cette année, publiée en juin 2020 par l’Organisation des Nations Unies, montre qu’un record de 53,6 millions de tonnes métriques (Mt) de déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE) - des produits mis au rebut avec une batterie ou une prise comme les ordinateurs et les téléphones mobiles – aurait été généré dans le monde en 2019, soit une augmentation de 21% en seulement cinq ans, ce qui représente une hausse de 9,2 Mt. Des substances toxiques et dangereuses telles que le mercure, les agents ignifuges bromés (RFB) ou les chloroflurocarbures (CFC) se retrouvent dans de nombreux types d'équipements électroniques et présentent un risque grave pour la santé humaine et l'environnement. Surtout si elles ne font pas l’objet d’une gestion de recyclage basée sur une manipulation écologique... Les DEEE contiennent en effet des additifs toxiques ou des substances dangereuses comme le mercure, qui peut causer des dommages au cerveau et au système de coordination.

Situation dans le monde

En 2019, la plupart des déchets électroniques étaient générés en Asie (24,9 millions de tonnes ou Mt), suivie par les Amériques (13,1 Mt) et l’Europe (12 Mt) - le continent qui génère le plus de déchets en kg par habitant est l'Europe (16,2 kg par habitant). L'Afrique et l'Océanie ont respectivement produit 2,9 Mt et 0,7 Mt de DEEE. L'Europe est également le continent avec le plus haut taux de collecte et de recyclage des e-déchets (42,5 %). Dans tous les autres continents, les déchets électroniques documentés comme formellement collectés et recyclés sont nettement inférieurs au taux de déchets électroniques estimés. "Pour donner un ordre de grandeur, les déchets d'équipements électriques et électroniques produits l'année dernière pesaient largement plus que tous les adultes d'Europe, ou encore l'équivalent de 350 bateaux de croisière de la taille du Queen Mary 2, lesquels, mis bout à bout, formeraient une ligne de 125 km de long", lit-on sur le communiqué de presse de l’Union internationale des télécommunications.

La Tunisie: mauvais élève en matière de recyclage

Les statistiques actuelles en matière de recyclage des déchets montrent qu'en 2019, l'Asie s'est classée deuxième avec 11,7% de déchets collectés et recyclés, les Amériques et l'Océanie sont à respectivement 9,4% et 8,8%, alors que l'Afrique arrive en dernière position avec 0,9 % de déchets collectés et recyclés. "Cependant, les statistiques peuvent varier considérablement [en fonction des] différentes régions" du monde ainsi que des modes de consommation en place. Et le comportement d'élimination des déchets dépend d'un certain nombre de facteurs comme les niveaux de revenu, la politique en place, les structures des déchets, etc.

La Tunisie, pour sa part, a produit 76 kilotonnes de déchets électroniques en 2019, soit 6,4 Kt par habitant, un chiffre relativement faible (à titre d’exemple, la Chine enregistre 20,2 Kt par habitant, la France en compte 21). Elle ne dispose, en revanche, ni de statistiques officielles de collecte et de recyclage de déchets, ni même de politique ciblée en la matière.

Depuis 2017, le Partenariat mondial sur les statistiques des déchets électroniques a fait des progrès substantiels en organisant des ateliers sur les statistiques en matière de déchets électroniques dans divers pays. Jusqu'à présent, des ateliers régionaux de renforcement de capacités ont été organisés en Afrique de l'Est, en Amérique latine, en Europe de l'Est et dans certains pays du monde arabe, y compris la Tunisie. Plus de 360 personnes de 60 pays ont été formés à l'international avec une méthodologie adoptée. Entre 2017 et 2019, environ neuf pays (à l'exception des pays de l'UE) ont commencé à compiler des statistiques sur les déchets électroniques à travers l’adoption d’un cadre de mesures harmonisé, et la plupart d'entre eux ont obtenu des résultats satisfaisants, assure le rapport.

Peu de recyclage

Le rapport prévoit que les déchets électroniques mondiaux atteindront 74 Mt d'ici à 2030, soit presque le double du niveau constaté en 2014. Pourquoi? Parce qu’ils sont "alimentés par des taux de consommation électrique et électronique plus élevés, des cycles de vie plus courts et des options de réparation limitées", souligne le rapport.

En 2019, seuls 17,4% des déchets électroniques étaient officiellement documentés comme ayant été officiellement collectés et recyclés. "Cela signifie que l'or, l'argent, le cuivre, le platine et d'autres matériaux récupérables de grande valeur, estimés a minima à 57 milliards de dollars des Etats-Unis, soit une somme bien plus élevée que le produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays, ont en majeure partie été mis en décharge ou brûlés plutôt que d'être collectés en vue de leur traitement et de leur réutilisation", écrit le rapport. En 2018, l'organe décisionnel le plus élevé de l'UIT, la Conférence de plénipotentiaires, s’est fixé pour objectif d'augmenter le taux mondial de recyclage des déchets électroniques à 30% d'ici à 2023. Problème: le taux formel de collecte et de recyclage devrait augmenter à un rythme beaucoup plus rapide pour que l’on puisse espérer que cet objectif soit atteint.

Bonne nouvelle toutefois: le nombre de pays qui ont adopté une politique, une législation ou une réglementation nationale sur les déchets électroniques est passé de 61 à 78 entre 2014 et 2019, assure l’étude. Bien qu'il s'agisse d'une tendance positive, ce nombre est cependant encore loin de la cible fixée par l'Union internationale des télécommunications, consistant à porter le pourcentage de pays dotés d'une législation relative aux DEEE à 50% d’ici à 2023. Par ailleurs, dans de nombreuses régions du monde, les progrès réglementaires sont lents, leur application n’est pas rigoureuse et la gestion de la collecte des déchets électroniques y est "médiocre".

Dans ce contexte, l'UIT propose un programme dédié à l'élaboration de politiques et de réglementations en matière de déchets électroniques dans le cadre duquel les Etats membres peuvent demander une assistance technique ciblée de l'UIT et un soutien au renforcement des capacités de mise en place de mesures spécifiques visant la réduction des déchets électroniques.

Reconsidérer les approches actuelles

Depuis la parution, en 2017, du rapport de suivi des déchets d'équipements électriques et électroniques à l'échelle mondiale, les décideurs des économies industrialisées et émergentes continuent de concentrer une grande partie de leurs actions politiques et législatives sur le développement de programmes de financement et de sensibilisation qui garantissent une meilleure participation du secteur privé et des consommateurs. L'objectif? Assurer une augmentation des taux de collecte et de recyclage et générer des recettes suffisantes pour faire face aux importants coûts de traitement. La plupart des instruments législatifs se concentrent sur la valorisation des ressources grâce au recyclage et aux mesures prises contre la pollution de l'environnement et les impacts sur la santé humaine des produits en fin de vie. Mais jusqu'à présent, "on ne s'est que peu attelé à faire diminuer les volumes de DEEE produits et à réparer et à réutiliser de façon concrète les équipements EEE", note le rapport.

Depuis 2017 également, de plus en plus de politiques, législations et réglementations liées aux déchets électroniques sont mises en place dans l’optique d’envisager des conceptions de produits plus "haut de gamme". Mais en réponse aux scénarios récemment prévus d'augmentation des déchets électroniques en 2050 et 2100, qui anticipent un doublement de la production annuelle de déchets électroniques au cours des 30 prochaines années, "une reconsidération des approches actuelles, ou du moins une application plus rigoureuse des législations et réglementations en vigueur, est nécessaire", recommande le rapport.

Le rapport préconise plus précisément que la définition, le rôle et les obligations de chaque partie prenante doivent être clairement énoncés dans les règlements. En clair, une législation ou un règlement sur les déchets électroniques doit définir le rôle des municipalités et du gouvernement et identifier les parties qui seraient responsables de l'organisation de la collecte, du recyclage et du financement de la collecte et du recyclage des déchets électroniques. Figurent également parmi les recommandations du Global e-waste monitor un alignement national sur les définitions relatives aux déchets électroniques, la mise en place d’une structure d'octroi d’autorisations et de licences pour les entités collectant et recyclant les DEEE, une définition claire du "producteur" si le système est basé sur ce que l'on appelle la "responsabilité élargie des producteurs" (REP). En effet, sans cela, indique le document, "aucun producteur ne se sentira obligé de s’y conformer, et l'application équitable des dispositions légales dans l'ensemble de l'industrie sera plus difficile". Enfin, la répartition des obligations de collecte et de recyclage entre les différents "producteurs", une description de la manière dont les entreprises doivent s'enregistrer en tant que "producteurs" et une documentation de leur statut de conformité contribueraient à la réussite d’une bonne politique de gestion des déchets électroniques.

Autre résultats éloquents du Global e-waste monitor 2020

Une gestion appropriée et rationnelle des DEEE peut contribuer à atténuer le réchauffement climatique. En 2019, on estime que 98 Mt équivalent CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère par des réfrigérateurs et des climatiseurs mis au rebut, ce qui contribue à hauteur d'environ 0,3 % aux émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

Si l'on calcule par rapport au nombre d'habitants, les DEEE produits l'an dernier pesaient en moyenne 7,3 kilos pour chaque homme, chaque femme et chaque enfant sur la planète!

Les DEEE représentent un danger pour la santé et l'environnement, car ils "contiennent des additifs toxiques ou des substances dangereuses comme le mercure, qui peut causer des dommages au cerveau et au système de coordination", pointe le rapport. On estime que 50 tonnes de mercure − substance utilisée dans les moniteurs, les cartes à circuit imprimé et les sources lumineuses fluorescentes et à économie d'énergie − sont contenues dans des flux de DEEE non répertoriés chaque année.

En 2019, les déchets d'équipements électriques et électroniques étaient essentiellement constitués de petits équipements (17,4 Mt), de gros équipements (13,1 Mt) et d'équipements d'échange thermique (10,8 Mt). Les écrans et moniteurs, les petits équipements informatiques et de télécommunication et les lampes représentaient respectivement 6,7 Mt, 4,7 Mt et 0,9 Mt.

Depuis 2014, les catégories de DEEE qui ont augmenté le plus rapidement, en matière de poids total, étaient les suivantes : équipement d'échange thermique (+7 %), gros équipements (+5 %) et lampes et petits équipements (+4 %). Selon le rapport, cette tendance est liée à la consommation croissante de ces produits dans les pays à faible revenu, où ils permettent d'améliorer le niveau de vie. Les petits équipements informatiques et de télécommunication connaissent une augmentation plus lente, et le nombre d'écrans et de moniteurs a enregistré une légère baisse (−1 %), que l'on peut expliquer en grande partie par le remplacement des moniteurs et écrans lourds à tube cathodique (CRT) par des écrans plats, plus légers.

Issu d’une collaboration entre l'Union internationale des télécommunications (UIT) et le programme Sustainable Cycles (SCYCLE), les études Global e-waste monitor sont actuellement co-organisées par l'Université des Nations unies (UNU), l'Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR) et l'Association internationale des déchets solides (ISWA).