On parle de digitalisation depuis au moins 5 bonnes années! Plusieurs pays africains sont sortis de l’ombre grâce au numérique. L’on parle bien sûr de pays comme le Kenya et l’Ethiopie. Mais quand viendra le tour de la Tunisie de rayonner grâce à la technologie? Plusieurs panélistes invités pour la 1ère édition de Tech Trends by TT ont exposé les enjeux de la digitalisation, ses facteurs et ses défis. Paroles d’experts.

En ouverture, Samir Saied, PDG de Tunisie Télécom, a rappelé l’importance de l’ère de la transformation numérique. Il n’a pas omis de mentionner que cette mutation touchera toutes les branches d’activité économique.

Et de soutenir: "La nouvelle technologie nous permet d’être connectés constamment avec nos proches. En tant qu’opérateur historique et public, nous devons jouer un rôle dans cette transformation".

L’exemple Kenyan

Force est de mentionner le Kenya, un pays qui a connu un essor pour avoir accueilli à bras ouvert les NTIC. Tawfik Jelassi, ancien ministre de l’Économie numérique, a rappelé que: "SafariCom l’opérateur au Kenya, avait constaté que 80% de la population kenyane n’était pas bancarisée. Il fallait trouver une solution à ce problème". Selon le ministre, un rapprochement entre le législateur et l’opérateur a donné lieu à ces opportunités.

Ce même chiffre est passé à 18% seulement de la population non bancarisée permettant plus de transparence, des gains d’argent, de temps et de productivité. A ses dires, une amélioration des indicateurs et performances macroéconomiques ont eu lieu grâce à cette initiative qui a permis à près de 25 millions de kenyans d'utiliser le système de transfert d'argent et de microfinancement.

Avec cette technologie, SafariCom a vu ses profits augmenter de 20%. Plus encore, cette plateforme voit transiter près de 25% du PIB kenyan, une véritable prouesse.

Carence en infrastructure

Beaucoup diront que l’investissement en infrastructures est nécessaire pour passer à la vitesse supérieure en Tunisie. Lassaad Ben Dhiab, directeur central technique de TT, a été du même avis: "On ne peut pas parler de développement sans socle ou infrastructure digitale pour assurer une connectivité sur tout le territoire. Nous nous devons continuer d’assurer un accès à tous les citoyens".

Même son de cloche de Adnane Ben Halima, VP en charge des relations publiques dans la zone méditerranéenne chez Huawei. Pour lui, le monde est en train d'évoluer et de se transformer grâce au digital. "Notre économie et notre compétitivité seront mises à mal si la Tunisie ne se met pas à la page" a-t-il expliqué ajoutant qu'il existe de nombreuses opportunités à saisir à saisir puisque le monde du digital ne connait pas de frontières et appelant le législateur à changer le cadre règlementaire pour inciter à la digitalisation.

Pour Tawfik Jelassi, il est question d’assurer l’accès aux services publics numériques pour une meilleure inclusion économique et financière. Pour lui, l'Etat doit jouer un rôle important en accordant l'accès aux outils technologiques aux couches sociales les plus défavorisées.

Sur le plan éducatif, l'ancien ministre recommande de réduire l’illectronisme en soutenant la culture du digital.

Des programmes au profit du numérique

La digitalisation est dans le collimateur du monde entier. Des initiatives ont été lancées dans plusieurs pays pour donner accès à Internet aux moins chanceux. Chris Fabian, Co-lead au programme Giga a indiqué qu’une initiative existe pour connecter les jeunes à l’information. Une levée de fonds de 500 milliards de dollars est d'ailleurs en cours. "Il y a plus de 800 mille écoles à travers le monde dans plus de 30 pays qui pourront bénéficier de ce programme. Nous avons déterminé les modèles financiers nécessaires pour leur permettra l’accès à la connexion internet".

Pour sa part, Borhen Chakroun, directeur de la division des politiques et systèmes d’apprentissage à l’UNESCO, a avancé qu'il y a 1.6 milliards de jeunes qui poursuivent leur éducation, dont la moitié n’a pas les moyens. Pour lui, il est absolument nécessaire de repenser l'éducation et la formation pour que une éducation plus inclusive.

C'est dans ce contexte que l’Académie mondiale des compétences a été lancée. Celle-ci vise à former 1 million de jeunes et adultes du monde entier grâce à des programmes de formations en ligne. Ce programme bénéficiera à 6226 individus en Tunisie.

Zohra Yermech, directrice du programme Connect To Learn, a indiqué que le secteur privé n’a pas fini de jouer son rôle. "Nous établissons des relations avec le public et le privé ainsi que les ONG pour ramener la connectivité et la technologie aux programmes éducatifs" a-t-elle annoncé.

Connect To Learn est devenu dans ce sens un partenaire de l’UNICEF pour rattacher toutes les écoles du monde en 2030 à internet.

Inclusion ou exclusion

Les panélistes ont tranché sur plusieurs facteurs d’exclusion technologique. A leur avis, appartenir à un milieu rural ou urbain, le genre, le niveau de vie, et l’informel et formel sont des critères sensibles pour expliquer l’exclusion d’une certaine population de la sphère économique et donc de la digitalisation. "Il va falloir les convertir pour actionner le levier de la digitalisation. Créer la synergie entre les opérateurs, les établissements de paiement et le régulateur" a indiqué Moez Kamoun, Partner consulting Leader à PwC Tunisie.

Se rangeant aux côtés du consultant, Tawfik Jelassi a expliqué que les barrières à l’inclusion digitale peuvent être surpassées. Il a énuméré que l’accès aux outils informatiques et internet ainsi que le coût financier créent de l’éviction. L’illettrisme numérique, le manque d’accompagnement aux usages et les inégalités sociales jouent pour encore une fois en défaveur de l’inclusion digitale. "En Afrique, on a les coûts les plus élevés du monde" a-t-il regretté.

Et la Tunisie dans tout ça?

La Tunisie a déjà établi une stratégie nationale d’inclusion financière pour 2018-2022. Cette étape est un prérequis extrêmement important a expliqué Moez Kamoun

En clôture, Samir Saied, PDG de TT, a expliqué que cet évènement tech et business est le début d'une longue série. "En tant qu'opérateur national, on a un devoir économique et social. Il faut savoir, d'après une étude mondiale, que les réseaux dans les zones lointaines sont 2 fois plus chers à établir et 10 fois moins rentables que dans les zones rurales" a-t-il indiqué avant d'annoncer l'installation de la fibre optique au profit de 2500 établissements scolaires, ce qui profitera également professionnels et aux PME.

Rendez-vous trimestriel, la prochaine édition de Tech Trends by TT aura donc lieu dans 3 mois avec une thématique soit autour de l’Intelligence artificielle, soit autour de la digitalisation de la PME et des professionnels a conclu Samir Saied, PDG de Tunisie Telecom.

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