Hors de question de laisser les startups les plus performantes abandonnées à leur sort. Le coronavirus a réussi à gangréner leurs trésoreries et revenus alors qu’elles étaient à l’autel de la réussite. C’est dans ce contexte que Smart Capital, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), l’Atic et Tunisian startup ont lancé l’instrument financier "Save", financé par la CDC et Innov’i (programme de l’Union européenne mis en œuvre par Expertise France).

Bien d’obstacles avaient mis à mal la survie de bon nombre de startups. Ce qui les a amenés au licenciement de leurs employés, voire à l’arrêt de leurs activités. De fait, une taskforce a été formée par la CDC, Atic, Tunisian startup et Smart Capital pour soutenir l’écosystème entrepreneurial fragilisé par cette crise, analyser ses besoins et fixer une offre qui puisse répondre à ses enjeux. Une démarche collaborative et participative a été adoptée pour faire naître le mécanisme "Save".

"On s'est dit qu'on devait se mettre autour d'une table et penser à la meilleure façon de venir en aide à ces startups là. On s'est dit que la meilleure chose c'était de faire notre démarche privilégiée, à savoir, une démarche participative, collaborative" a souligné Salma Baghdadi, Directrice écosystème des startups chez Smart Capital.

Ce mécanisme de sauvetage est élaboré par les soins des ministères des Finances et des Technologies de la Communication et de la Transformation digitale. Selon Nizar Yaïche, ministre des Finances, le contexte de relance économique post-Covid-19 a favorisé cette initiative visant la sauvegarde des entreprises affectées. "Nous comptons beaucoup aujourd’hui sur l’apport des startups et au-delà des mesures structurelles, nous allouons une enveloppe conjoncturelle de 3 MTND pour permettre le sauvetage d’une centaine de startups labellisées via l’instrument Save".

Quant à Mohamed Fadhel Kraiem, ministre des Technologies de la Communication et de la Transformation digitale, il a souligné le rôle remarquable qu’ont joué les jeunes pousses durant la pandémie Covid-19. Et d’enchainer: "cela ne doit pas cacher que, sur les 292 startups labellisées à date, plusieurs ont été affectées par la crise du Covid-19 et ont besoin de soutien pour surmonter son impact et retrouver leurs viabilités et leurs tractions. L’instrument Save se veut une réponse appropriée à ce besoin".

Qu’est-ce que SAVE?

SAVE est avant tout une avance remboursable conçue pour sauver les Startups labellisées risquant la liquidation ou le licenciement de leurs effectifs suite à l’impact de la crise COVID-19. Son montant oscille entre 10 mille et 50 mille dinars selon les besoins de la Startup soutenue.

"La crise du Covid-19 vient frapper directement la trésorerie, c'est-à-dire que certaines startups qui allaient avoir recours aux levées de fonds ont vu celles-ci reportées, certaines ont subis un arrêt d'activité de sa clientèle. Tout cela met la startup dans une situation où elle sera à court de liquidité" a ajouté Salma Baghdadi.

Les startups aidées doivent disposer de certains critères dont la viabilité. "Ensuite, il y a différentes manières d'être frappés par la crise, soit des chutes de 10% à 20% du chiffre d'affaires, soit un chiffre d'affaires nul. L'instrument Save est un instrument de sauvetage dans tous les sens du terme. On va aider les startups qui risquent la liquidation ou le licenciement de l'effectif" explique la responsable.

Il est à noter qu’une baisse d'activité qui n'implique pas une liquidation ou un licenciement, ne rend pas éligible à "Save". Puis, un autre critère est posé: la startup pourrait regagner une certaine santé économique et financière post-Covid. "Ce sont nos 3 critères chronologiques: pré-Covid, durant le Covid et post-Covid" assène Baghdadi.

Concrètement, la Startup bénéficiaire se doit de rembourser l’avance uniquement dans le cas où elle réalise une levée de fond ou un excédent brut d’exploitation supérieur ou égal à 5 fois le montant de l’instrument. Autrement, la Startup n’est pas tenue de rembourser l’avance, d’où, la culture du Give-back après la relance réussie.

La demande d'accès à cet instrument s'est faite sur le Portail des startups (save.startupact.tn) et la sélection des startups bénéficiaires sera assurée par le Collège des startups, et ce après la deadline, qui a échu le 23 août 2020.

Il y avait un appel à la candidature qui était, précédemment, ouvert pendant 3 semaines. "Là on est en traitement des dossiers, avec la supervision de la CDC. On évalue l'éligibilité, on examine les documents qui ont été joints" indique la directrice au Smart Capital. Une fois le premier traitement réalisé, le collège des startups sélectionne et tranche. C’est le collège qui est apte à évaluer l'innovation et décerner les labels. Il évaluera celui qui sera le plus apte à recevoir l’aide. Près de 150 startups y ont postulé.

"Ici avec Save, c'est plus une compétition. On a un fond limité en ressources, on a une seule poche avec laquelle on va arroser les bénéficiaires prioritaires. Pour arriver à checker, faire un scoring de toutes ces startups et identifier celles qui sont prioritaires, il fallait se baser sur un temps donné. C'est pour cela qu'on a décidé de faire dans l'urgence et il fallait bloquer un délai pour avoir les candidatures et pouvoir les traiter sur un même niveau d'égalité et d'équité" a expliqué Salma Baghdadi.

Et d’ajouter que si une 2ème vague de la pandémie ressurgit, d’autres moyens et mécanismes plus pertinents seront étudiés et mis en place pour assurer la survie des startups innovantes. Les résultats, eux seront annoncés le 7 septembre prochain.