Dans son livre 1984, Georges Orwell nous alertait déjà quant aux dépassements de l’État, et ses dérives autoritaires qui passent souvent inaperçues. Ce livre, novateur et visionnaire pour l’époque est une dystopie qui utilise la métaphore de "Big Brother" pour désigner un État qui nous surveille constamment, auquel il est impossible d’échapper. En 2020, nos faits et gestes sont régies par les nouvelles technologies, qui pourtant facilitent notre quotidien, nous permettent de rester en contact avec des proches qui vivent de l’autre côté de la planète. Cette technologie nous a aussi conféré de nombreux droits et des plateformes pour la discussion, qui sont protégés par les Nations-Unies depuis 2016, que l’on soit connectés ou hors ligne.

Depuis l’avènement des nouvelles technologies, une tension se dessine entre les pro-Tech et ceux qui prônent un affranchissement du digital. Pour ne pas tomber dans une simplification binaire de ce problème, j’exposerai ici les challenges posés par les nouvelles technologies sur la vie des citoyens à travers le monde.

Tension entre élargissement et restrictions des libertés

Le bilan des nouvelles technologies fluctue entre promotion, restrictions des libertés, et simplifications des tâches du quotidien, dans l'administration, ou dans les hautes sphères bureaucratiques. Au tournant des années 2000, on a applaudi les outils tels que le "e-gate" qui ont facilité et accéléré les vérifications des passeports, et qui rendent les expériences du quotidien plus plaisantes. En 2010, les réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter ont été utilisé à bon escient, par une partie de la population tels que les cyber activistes pour faire valoir leur droits et négocier des réformes avec l’État, comme l’on a pu le voir à travers la Révolution Tunisienne. Souvent, au-delà des résultats concrets en terme de démocratie l’on a pu observer une capacité à galvaniser l’opinion publique, organiser les mouvements sociaux, ou encore mobiliser la société civile. Néanmoins, ce type d’activité a pu être instrumentalisé par des régimes autocratiques, les nouvelles technologies devenant les alliés et garants de pouvoirs dans certains pays du Golfe par exemple.

Au-delà des réseaux sociaux, les nouvelles technologies représentent un secteur varié et ont étendu leur influence à travers différents projets. L’implantation de puces électroniques sous la peau en Suède a beaucoup fait parler d’elle pour son côté pratique, passe partout, qui facilite justement les tâches du quotidien. Cette technologie sans risque est présente chez les étudiants, adultes, et même les enfants.  Elle permet de s’identifier dans les hôpitaux, ou simplement d’acheter son café sans avoir à sortir son portefeuille. Pour le moment, bien qu’elle soit utilisée par une grande partie de la population, cette pratique reste basée sur le volontariat, et n’est imposée a personne. Mais, l’opinion publique et la société civile ont décrié ce processus pour son coté invasif, réduisant les citoyens à de simples algorithmes et systématisations dans le domaine de l’État.

La Chine face à la technologie

Dans d’autres pays, ce genre d’expériences est plus problématique, et notamment en Chine. Le gouvernement chinois a investi dans la reconnaissance faciale pour mener à bien son projet de "crédit social", qui note les citoyens selon leurs conduites en société. Ce processus du crédit social en a choqué plus d’un, car il ne se base pas sur le volontariat et impacte la vie de plus d’un milliard de personnes sous la tutelle de plus de 170 millions de caméras. Dans la même veine qu’en Suède, il est possible de retirer de l’argent de la banque, faire son check-in a l’aéroport sans papiers ou méthodes d’identification classique. Mais qu’en est-il des implications politiques?

Cela nous renvoie à une discussion sur l’impact de la technologie et le renforcement de l’hyper surveillance. En Chine, la technologie est si pointue que des compagnies spécialisées comme YITU peuvent décrypter les émotions faciales et gestuelles des citoyens, et proposer des contenus publicitaires en fonction de celles-ci. Dans cet État autoritaire, cette technologie est vendue sous l’idée qu’elle permet d’accroitre la sécurité et le respect entre les citoyens, bien qu’en réalité elle oppresse une grande partie de la population, tels que la minorité musulmane Ouïghour, dont les allées et venues à la mosquée sont surveillées étroitement.

Il est important de comprendre d’où cette confiance envers la technologie est née et a été légitimée de la part de l’État. Bien qu’elle ait des apports stratégiques concernant la rapidité de l’exécution des tâches administratives, la capacité à regrouper des pans de la société, l’alliance entre la technologie et l’État affiche des tendances paternalistes ; accepter de léguer une partie de sa liberté et de son intimité pour vivre dans une société plus sûre et ordonnée.

Evgeny Morozov, un chercheur biologiste a notamment expliqué à travers son concept de "solutionnisme technologique", cette idée que la technologie est le moyen le plus efficace pour régir une société. Il explique notamment que l’intelligence humaine peut être défaillante, a ses limites puisqu’elle n’est pas toujours rationnelle et que les machines devraient combler ce manque et trouver des solutions logiques, rapides quant à des problèmes de société.

Néanmoins, de plus en plus de villes ont fait le choix d’interdire ce système de reconnaissance faciale, à l’instar de San Francisco qui est pourtant le berceau de la technologie. Ce qui motive cette décision est l’idée que le potentiel de surveillance est beaucoup trop rattaché à la reconnaissance faciale, et que cela peut vite prendre des dérives invasives. De plus, les citoyens se sentent de plus en plus exclus de cet engrenage et de l’impact du digital sur leurs vies, auquel ils ont pourtant consenti sans en imaginer les conséquences.

Implications budgétaires

Au-delà des problèmes posés par la reconnaissance faciale et l’usage des réseaux sociaux se cache la question budgétaire. De plus en plus d’États optent pour des entreprises de sécurité privées lorsqu’il s’agit de la formation de l’armée, et hauts fonctionnaires pour les organes policiers de l’État. Avec la privatisation de la sécurité viennent des dépenses considérables sur les nouvelles technologies de surveillance, et cela pose la question de l’allocation du budget.

Ne serait-il pas plus judicieux d’investir dans d’autres secteurs qui touchent plus les citoyens lambda? Ne serait-il pas aussi plus éthique d’inclure plusieurs acteurs (notamment transnationaux) qui pourraient réguler l’impact des nouvelles technologies sur nos sociétés et le budget qui lui serait voué?

De plus en plus de citoyens clament leurs droits à influencer les processus de prise de décision sur le digital. Étant donné que c’est un secteur qui a connu un boom assez récemment, et qui se développe à une cadence importante, il est jugé important que des lois, régulations, et débats se fassent entendre à l’Assemblée quant aux nouvelles technologies. En plus de cela, le traitement des données au seins de l’État et la coopération étatique-privée entre des groupes tels que Apple et le gouvernement est de plus en plus critiquée pour son manque d’opacité.

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