Les fondements du monde du travail et de la professionnalisation ont été frappés par de lourdes mutations. Désormais, beaucoup empruntent la voie du freelance au lieu de se lancer dans une carrière en entreprise et un emploi de 8h à 18H. Ayant le vent en poupe, les domaines populaires pour le travail indépendant comprennent l'écriture, la conception, le marketing et les médias sociaux. Personne ne peut douter de l’ampleur de la "Gig Economy" ou l’économie des tâches. Ce phénomène, catalysé par la pandémie du coronavirus, a déjà su attirer plus de 35% de la population active aux USA. Au-delà de cette tendance, de nouveaux modèles socio-économiques sont en pleine création. Des modèles poussés par le numérique et l’incertain. Focus.

La Gig Economy étend son ombre sur des travailleurs indépendants et sous-traitants payés à la tâche. Plateformes numériques aidant, notamment Fiverr, les travailleurs indépendants sont en mesure de proposer leurs services à leurs prix. D’autres plateformes sont dédiées au travail manuel comme pour Task Rabbit qui englobe des tâches ménagères, d’entretien et de réparations.

D’autres services s’offrent aux freelancers, l’on peut citer des services de livraison comme Deliveroo ou Uber, de traduction comme Gengo. D’autres plateformes destinées aux experts en communication, marketing, comptabilité… Et même aux producteurs de musique.

De nos jours, des sites et plateformes d’envergure comme 5euros ou Uptowork comptent des millions de travailleurs indépendants capables de répondre à toute demande dans l’immédiat, sur un système d’enchère et de notation des compétences.

Un autre concept faisant rage dans le monde du travail indépendant, le crowdsourcing. Un demandeur de "Gig" peut soumettre un problème à résoudre à la plateforme qui, à son tour, s’occupera de rechercher les profils adéquats aptes à remplir la mission. Internet, c’est dorénavant une véritable bourse mondiale de la main d’œuvre accessible, expérimentée et pas chère.

Nouveau marché du travail

L’économie des tâches et des indépendants qualifiés et spécialisés remue sans cesse le marché du travail à l’échelle mondiale. Des chercheurs du projet "Managing the Future of Work" de Harvard Business School et du Henderson Institute sous l’égide du Boston Consulting Group ont publié en novembre dernier le rapport "Building the On-Demand Workforce".

Ce document explore la montée en puissance récente des plateformes de talents indépendants et transférables par le numérique et la manière dont elles créent un nouveau marché pour un travail indépendant de compétence.

En effet, plusieurs entreprises, premières à avoir intégré ce genre de plateformes dans leurs procédés RH, baignent dans un avantage concurrentiel juteux. Elles disposent ainsi d’un mélange d’employés à plein temps et d’autres indépendants prestataires de services. En parallèle, des millions de professionnels hautement qualifiés, recherchant flexibilité et distanciel, utilisent ces plateformes pour entrer en contact avec les employeurs.

Pour un panel de 700 dirigeants américains, les recherches montrent que la majorité des managers n’arrive pas à saisir l'importance stratégique de ces plateformes de talents. Ils sont bien plus qu'un pis-aller, il s’agit d’un moyen de résoudre les problèmes chroniques d’effectif auxquels les entreprises sont confrontées tout en comblant leurs besoins en talents. Les chefs d'entreprise ne peuvent pas risquer de manquer une opportunité cruciale de construire une organisation plus flexible et plus résiliante.

Selon cette étude, à cause du progrès technique et du changement démographique, les entreprises ont de plus en plus de mal à trouver le talent requis dans les plus brefs délais. De fait, un écosystème croissant de plus de 300 plateformes de talents a vu le jour et offre aux entreprises un accès à la demande à des travailleurs hautement qualifiés. Ces plateformes peuvent être ventilées en trois catégories : les places de marché pour les talents premium, les places de marché de freelances numériques et les plateformes d'innovation de crowdsourcing.

Coût de pousse  

L'économie indépendante avait déjà d’un poids conséquent avant la pandémie. Elle s'est alourdie et devient de plus en plus significative dans l’équation. En 2020, Upwork affirme qu'elle contribue désormais à 1.2 milliards de dollars à l'économie américaine, soit 22% de plus qu'en 2019. Et l'étude Upwork affirme que 60% des pigistes post-COVID-19 disent qu'aucune somme d'argent ne les convaincra d'accepter un emploi traditionnel.

En plus d’une mutation de plus en plus conséquente du marché du travail, la crise sanitaire du coronavirus a poussé les entreprises à adopter un comportement agile face aux changements, à la gestion des effectifs et à la gestion du travail dans son ensemble. La vitesse, l’efficacité et la productivité sont toutes au rendez-vous quand il s’agit de remettre un travail rémunéré.

Une part importante de la population active a commencé à travailler en indépendant pour la première fois au début de la pandémie de coronavirus. Pendant ce temps, les mesures de distanciation sociale ont conduit les travailleurs traditionnels à réduire leur travail, selon une étude annuelle de la main-d'œuvre indépendante.

Il est à noter que sur un panel représentatif de 6 mille pigistes aux Etats-Unis, dans le cadre d’une étude réalisée par Upwork, 34% ont commencé à travailler en freelance lors des fermetures des frontières en Mars 2020.

Il va de soi que la croissance de l'économie des gigs représentée par les services à la demande, tels que le covoiturage d'Uber ou le travail indépendant sur TaskRabbit, a fait augmenter le nombre d’indépendants dans l'ensemble, mais beaucoup de ces travailleurs ont perdu leur travail cette année pour des raisons de distanciation physique et sociale, notamment dans les métiers dits du spectacle, qui a longtemps été pionnier dans le travail en Freelance. D'autres chercheurs ont découvert que le covoiturage avait considérablement diminué depuis mars 2020. En contrepartie, les emplois de livraison ont explosé.

L’étude en question révèle que 59 millions de travailleurs américains ont effectué un travail indépendant au cours des 12 derniers mois, soit une augmentation de 2 millions de personnes d'une année à l'autre. Néanmoins, la composition de la main-d'œuvre indépendante rajeunit, puisque 50% de la génération Z, 44% des milléniaux, 30% de la génération X et 26% des baby-boomers ont travaillé à leur compte au cours de l’année écoulée.

Les deux principaux domaines des nouveaux pigistes sont le secteur technologique et plus étonnant, la finance. Toujours dans la même tendance, 96% des travailleurs indépendants affirment leur volonté à continuer d’œuvrer pour leur propre compte. Plus encore, 58% des employés en entreprise et ayant expérimenté le travail à distance en raison de la pandémie envisagent désormais de devenir indépendants à l'avenir.

Une bénédiction pour les indépendants

Tant d’avantages se présentent aux indépendants. Il s’agit d’un modèle qui arrive à satisfaire plusieurs parties prenantes du marché du travail. Une première aubaine pour les freelancers, la flexibilité. En effet, les travailleurs indépendants fixent leur planning. "Si je le veux, je travaille de chez moi ou dans un café ou même au parc. Il m'arrive d'écrire des articles pour arrondir mes fins de mois, et ça me va très bien" indique Molka rédactrice en freelance.

Dans cette même veine, il semble y avoir une perception étrange et injustifiée selon laquelle les pigistes sont pauvres et toujours à court d'argent. Cela pourrait être vrai, mais certains pigistes sont expérimentés, dirigent des entreprises solides, savent ce qu'ils font en matière d'argent et proposent leurs services à des tarifs étonnamment élevés.

Plus encore, les indépendants peuvent être considérés comme étant des experts à part entière dans leurs domaines. Ainsi, si une entreprise recherche un graphiste expert, notamment pour une durée de 6 mois, son objectif sera de recruter un freelance, qui pourra cumuler entre plusieurs contrats, le but étant d'atteindre ses objectifs. "Je travaille en tant que graphic designer pour plusieurs entreprises. Pour certaines, c'est des missions assez courtes comme designer leur blog ou leur site web, pour d'autres c'est plus long termiste. L'avantage est que je choisis mes tâches. Je suis libre dans mon travail, c'est une condition que j'impose toujours à mes employeurs. En contrepartie, ils ont leurs livrables en temps et en heure. Au moment où je vous parle, je suis en Turquie, en voyage. Je profite de mes vacances tout en travaillant. En tant que salarié dans une entreprise, j'aurai posé un congé et on m'aurait quand même contacté pour travailler sur un truc 'urgent de dernière minute'. Non merci, prendre ses employés pour des machines et leur inventer des tâches pour se donner bonne conscience et se dire que cela justifiera leur salaire, c'est dépassé" assure Mehdi, graphic designer en Freelance.

Le revers de la médaille

Bien qu’il y ait certainement des avantages, un lot de manquements et de désavantages vient avec le travail de freelancer. A commencer par les impôts et le maintien de la comptabilité. N’est pas fiscaliste qui veut et les impôts sont moins simples avec le travail indépendant. Il est beaucoup plus facile de percevoir un salaire net. Néanmoins, les dépenses professionnelles générant un revenu sont déduites de l’assiette imposable.

En outre, avec la flexibilité vient l’incertain. La charge de travail pour un travailleur indépendant est assez incohérente. Le freelancer vit des périodes de fête et des périodes de famine. De nature imprévisible, le travail indépendant dissuade par ce critère plusieurs candidats. Les raisons s’étalent de la difficulté à trouver des clients jusqu’au non-paiement des tâches effectuées, certaines entreprises profitant de la "précarité juridique" entourant le métier de Freelance pour se détourner de leurs obligations.

Le mode de vie d'un travailleur en Freelance est également moins structuré qu'un salarié traditionnel. Certaines personnes apprécient cela et le considèrent comme positif, mais pour d'autres, cela peut potentiellement poser des problèmes.

Finalement, le travailleur indépendant ne reçoit que son dû. Aucun avantage, aucune sécurité sociale ni assurance maladie n’est perçue. Ceci aura le don de mettre les travailleurs indépendants en situation délicate et parfois même précaire. "Les piges ne paieront certainement pas ma retraite ni mes visites médicales. Le mieux serait d’essayer d’allier les deux concepts: indépendant pendant les week-end et employé en cours de semaine" affirme Molka.

"Il n'y a pas non plus de congés payés ou de congés maladie. Bien que vous puissiez établir votre propre emploi du temps, vous devrez peut-être travailler pendant vos vacances ou lorsque vous ne vous sentez pas bien" conclut-elle.

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