Ces applications font fureur aux Etats-Unis et en Europe. Elles s'appellent Anynomous Camera, ObscurCam ou encore Everest Pipkin. Ce sont toutes des solutions gratuites ou en open source pour pouvoir flouter vos visages.

Mais à l'ère où tout le monde "vend" son image sur les réseaux sociaux, quels intérêts auraient les internautes de flouter leurs visages? Comment expliquer que ces applications cartonnent et se retrouvent parmi les plus téléchargées et/ou utilisées ces derniers mois? Eléments de réponses.

Des outils pour lutter contre la répression

Si certaines existent depuis plusieurs années, ces applications ont connu une seconde vie après les récentes manifestations aux États-Unis à la suite du meurtre de George Floyd par des policiers.

Les manifestants américains ont fait face à la violence policière mais également à une surveillance sans précédent. Selon TechCrunch, le Département américain de la Justice a même accordé à la "Drug Enforcement Administration", une agence spécialisée dans la lutte contre le trafic de drogue, "le pouvoir de mener une surveillance secrète des civils dans le cadre des efforts du gouvernement pour réprimer les manifestations". Cette agence possède parmi les technologies les plus pointues et a la possibilité notamment d'utiliser la reconnaissance faciale pour compromettre les manifestants, qui de plus en plus craignent pour leurs libertés et recourent donc à ces applications capable d'effacer leurs visages.

Les développeurs à la rescousse

Face à cette "chasse aux manifestants", plusieurs développeurs ont proposé gratuitement en Open Source des outils ou des applications afin de supprimer les métadonnées cachées de leurs photos afin d'effacer, masquer ou brouiller leurs visages empêchant ainsi les systèmes de reconnaissance faciale de pouvoir identifier les manifestants.

Parmi ces outils, l'on retrouve notamment Everest Pipkin, qui a créer un site web qui a fait sensation, permettant de flouter vos visages et d'empêcher toute personnes d'inverser ce flou. Utilisable directement en ligne et non téléchargeable, l'application ne garde aucune données sur vous et vous permet même d'accéder en open source à son code afin de l'utiliser lorsque vous êtes hors ligne.

Il y a également Censr, dont le fondateur, Sam Loeschen a pris part aux côtés de manifestants et qui a développé son outil en un week-end: "J'ai entendu un tas de choses sur la façon dont les forces de l'ordre regroupent les vidéos des manifestations via les réseaux sociaux pour identifier les manifestants" assure-t-il à TechCrunch.

Son application de réalité augmentée qui fonctionne sur iPhone XR et versions ultérieures, masque et pixellise les photos en temps réel et nettoie également les images des métadonnées. Cela permet de rendre plus difficile l'identification de la source et de l'emplacement de l'image par les autorités explique-t-il.

Face à la popularité prise par ces applications, même l'application de messagerie chiffrée Signal a lancé une fonctionnalité permettant de flouter ses photos. La principale raison à cela se trouve dans la multiplication du nombre d'utilisateurs depuis le début des manifestations, et ce afin de protéger leurs données personnelles des autres applications de messageries.

Pour le fondateur de l'application "Moxie Marlinspike, cette fonctionnalité vise à soutenir les protestataires aux États-Unis et dans le monde face à certaines dérives assurant que "2020 est une assez bonne année pour se couvrir le visage".

Quand l'I.A s'en mêle

Si certains de ces outils s'attaquent directement aux métadonnées, d'autres, en revanche, utilisent l'Intelligence artificielle pour arriver au même résultat. C'est le cas de l'application développée par la startup londonienne Playground, en collaboration avec des journalistes et faite pour ces derniers, appelée Anonymous Camera.

Cette application, qui permet de flouter en temps réel vos photos et vidéos, est basée sur le Machine Learning qui détecte automatiquement les visages en temps réel. Cette I.A permet ainsi de flouter vos visages mais également des parties du corps voire le corps entier (pour éviter notamment qu'une personne soit reconnue par ses tatouages ou ses vêtements) ainsi que de modifier votre voix. Avec une suppression irréversible des métadonnées, il sera ainsi impossible à quiconque d'avoir accès à vos données de géolocalisation ou d'inverser le floutage effectué. Seulement disponible sur l'Apple Store, l'application connait un tel succès qu'elle a été dans le top des applications les plus téléchargées depuis son lancement le 11 juin dernier aux Etats-Unis.

Largement partagés sur les réseaux sociaux, ces applications ont trouvé un large écho auprès de manifestants du monde entier. Lors de manifestations de soutien au mouvement "Black Lives Matter" à Paris, Londres ou encore Bruxelles, plusieurs vidéos ont été publiés sur les réseaux sociaux où l'on retrouvait des visages et des corps entièrement "anonymisés".

Youtube.com

Si de telles applications ont le vent en poupe, il n'en demeure pas moins que cela risque de poser un problème juridique et éthique. En effet, si certaines dérives existent dans l'usage de la reconnaissance faciale dans certains pays, dans la majorité des cas, celles-ci sont utilisées pour prévenir des actes criminels.

Cependant il existe ici une bataille entre la protection de la vie privée et l'usage de la reconnaissance faciale. Comme toute technologie, la reconnaissance faciale mise entre de mauvaises mains peut avoir des répercussions néfastes sur les libertés. A contrario, bien utilisée, elle peut au contraire être au service du citoyen. Reste qu'aujourd'hui, les garde-fous législatifs nécessaires accompagnant l'évolution de nos sociétés par la technologie ne sont pas encore totalement mises en oeuvre.

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