Alors que dans de nombreux pays la question du tracking des citoyens après le déconfinement lié au Covid-19 pose de sérieux problèmes, en Tunisie, la question a été brièvement abordée par le ministre de la Santé, en marge de la conférence de presse du 29 avril.

Celui-ci a en effet annoncé que les autorités étudiaient la possibilité d’utiliser des solutions de tracking des citoyens à la levée du confinement sans entrer dans les détails.

En France, le sujet du traçage des citoyens a entrainé une levée de boucliers de nombreux députés mais également de la société civile et des citoyens estimant que le “flicage” ne devrait pas avoir sa place en démocratie. En effet, malgré le développement d’une application 100% française, des craintes existent sur l’utilisation des données relatives à ce traçage notamment à travers la surveillance des mouvement des personnes et de leur vie privée. Même son de cloche du côté du Royaume-Uni, qui a adopté un modèle centralisé “car il donne plus d’informations sur la propagation du virus”.

Ce branle-bas de combat a également eu lieu en Allemagne, où le gouvernement avait dans un premier temps développé une solution de tracking centralisé, avant de faire volte-face.

Le problème de l’application initiale allemande et de l’application française “Stop Covid” est que celles-ci suggèrent un traitement centralisé des données collectées par un “organisme institutionnel de confiance”, qui pourrait conduire à de nombreux abus.

Comme l’explique France 24: “Dans l’approche à la française, l’application génère un rapport “anonymisé” à chaque “contact” – détecté grâce à la technologie Bluetooth – avec un autre smartphone sur lequel “Stop Covid” est installée, et envoie ces informations à un serveur central géré par un organisme public “de confiance”. C’est en croisant les données sur ce grand fichier qu’il est possible d’établir quel smartphone s’est trouvé à portée du Bluetooth de celui d’un individu testé positif au Covid-19, et ainsi envoyer les alertes si nécessaires”.

Dans l’approche décentralisée adoptée par l’Allemagne, les informations ne seront plus stockées: “Les données sont conservées localement sur le téléphone des utilisateurs de l’application” explique à France 24 Henning Tillmann, coprésident du Centre allemand pour le progrès digital D64. Ainsi quand une personne saura qu’elle a le Covid-19, “elle pourra, par exemple, scanner un QR code sur un document remis par le ministère de la Santé, qui sera reconnu par l’application”, qui enverra un message à toutes les personnes dont le smartphone s’est trouvé à proximité de celui de la personne porteuse du virus.

Quand Apple et de Google font changer l’Allemagne d’avis

Si dans un premier temps l’Allemagne avait opté pour une solution “à la française” avec une centralisation des données, celle-ci a pourtant changée d’avis en 48 heures.

Au delà de la pression exercée par les communauté scientifique, technologique et par la société civile concernant la surveillance de masse que pourrait générer une telle méthode, c’est surtout l’implication d’Apple et de Google dans le processus qui a fait pencher la balance au profit d’un modèle décentralisé.

En effet, comme l’explique France 24, les deux géants américains ont refusé “de laisser une telle application tourner sans discontinuer en tâche de fond sur leurs smartphones, les “app stores” de ces géants de l’Internet interdisant à une application tierce de collecter ainsi sans interruption des données personnelles”, sans compter le problème d’autonomie de batterie que causerait l’obligation d’avoir le bluetooth toujours allumé.

C’est donc une application inutilisable sur Android et IoS, soit la grande majorité des smartphones, que l’Allemagne a créé, l’obligeant à attendre que Google et Apple lancent leur propre plateforme de traçage décentralisé afin d’en récupérer le protocole pour pouvoir lancer sa propre solution.

En effet, les deux géants américains ont décidé d’unir leurs forces pour lancer une nouvelle technologie qui utilisera le Bluetooth sur les smartphones pour alerter les gens lorsqu’ils sont en contact avec quelqu’un malade du Covid-19.

C’est ainsi qu’ils ont annoncé le lancement de la première version de leur API. La version finale de cette technologie, qui permettra exceptionnellement aux smartphones dotés des systèmes Android et iOS de communiquer entre eux, sera lancée dans les jours à venir.

Quant à la Tunisie, il semble que les autorités aient opté pour une solution centralisée, des négociations étant pour l’instant menées à ce sujet avec plusieurs entreprises.