Dans l'imaginaire collectif, la Corée du Sud fait partie des pays les plus avancées technologiquement, ce qui est loin d'être faux. Pourtant, un évènement inattendu a bloqué une partie de certaines institutions du pays: la fin d'Internet Explorer.

En effet, lancé en 2015, le navigateur web a été pendant de longues années LA référence numéro 1. Mais l'avènement de Chrome, d'Opéra ou de Firefox lié à l'incapacité d'Internet Explorer à se renouveler ont conduit Microsoft, à qui il appartient, de mettre un clap de fin définitif à celui-ci.

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Mais, la mise à mort programmée d'Internet Explorer a eu des conséquences inattendues, notamment en Corée du Sud et à un degré moindre au Japon. En effet, plusieurs institutions et agences gouvernementales ont vu leurs services bloqués. En cause: Le non passage à temps vers d'autres navigateurs.

Banques et ministères touchés

L'utilisation par Internet Explorer de la plupart des institutions et le non passage vers d'autres navigateurs a eu de fâcheuses conséquences dont l'ampleur a été telle, qu'il a fallu plusieurs semaines à certaines d'entre elles pour se mettre à jour.

C'est le cas par exemple du site du ministère de la Culture et des Arts, dont les artistes ne pouvaient plus déposer de demande de subvention. Idem pour le ministère de la Santé et de la Protection Sociale où il était tout bonnement impossible d'inscrire ses enfants dans des structures d'accueils. Pire encore, la plus grande banque étrangère du pays à dû suspendre tout ses paiements en ligne, la faute à l'utilisation d'Internet Explorer comme navigateur de support de paiements.

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Si pour la plupart des habitants du pays, le passage vers d'autres navigateurs comme Chrome était quelque chose d'acquis, pour l'ensemble de ces institutions, l'usage d'Internet Explorer était nécessaire pour pouvoir faire certaines demandes administratives.

Même mort, Internet Explorer continue d'exister en Corée du Sud

Si plusieurs de ces institutions ont commencé à rediriger leurs services vers Edge, l'autre navigateur web de Microsoft, une entreprise sud Coréenne a trouvé le moyen de continuer à faire vivre Internet Explorer, et ce pour le plus grand bonheur de ces institutions.

Naver, l'une des plus grandes entreprises en Corée du Sud, connue notamment pour son navigateur 100% sud-coréen Whale, a décidé de faire revivre Internet Explorer grâce à l'activation d'un mode spécial "I.E" sur Whale.

Dans une interview accordée au New York Times, les équipe de Naver ont affirmé que cette fonctionnalité avait été lancée dès 2016 sur Whale et aurait dû disparaître avec celui-ci. Mais face aux problèmes rencontrés sur de nombreux sites gouvernementaux et bancaires, "l'Internet Explorer Mode" a connu une deuxième vie sur le navigateur sud-coréen.

Le monopole d'Internet Explorer en Corée du Sud

Pour comprendre l'impact de la fermeture d'Internet Explorer en Corée du Sud, il faut comprendre la culture Sud-Coréenne par rapport à ce navigateur.

Dès le début des années 1990, la Corée du Sud a été l'un des premiers pays à utiliser Internet Explorer dans son administration, pour le e-commerce ou pour les opérations bancaires. Plus encore, à la fin des années 1990, la signature électronique qui s'est grandement libéralisée dans le pays nécessitait l'installation d'un plug-in qui ne fonctionnait que sur Internet Explorer.

Cette main mise d'Internet Explorer, couplée à la domination de Microsoft (qui a monopolisé le marché des ordinateurs), était telle qu'entre 2004 et 2009, 99% de la population utilisait ce navigateur. Plus encore, une très grand majorité de sud-coréens étaient incapable de nommer un autre navigateur.

Ce n'est qu'au début des années 2010, que la dépendance à Internet Explorer et Microsoft commence à baisser, et ce grâce à l'avènement des smartphones utilisant principalement les technologies de Google et d'Apple.

What it's like to have no internet...

Petit à petit, plusieurs entreprises et institutions ont commencé à s'ouvrir vers d'autres navigateurs. Cependant, plusieurs autres ont eu du mal à le faire et ont préféré garder le système existant quitte à se retrouver aujourd'hui dans l'oeil du cyclone, n'ayant pas su anticiper une telle dégringolade malgré des signes avant coureurs.

En effet, dès 2012, Internet Explorer a été dépassé par Chrome comme navigateur n°1 chez les Sud-Coréens. Aujourd'hui, c'est plus de 54% de la population du pays qui utilise le navigateur de Google. En attendant, certains sites coréens de premier ordre sont toujours en phase de transition vers de nouveau navigateurs pour le plus grand désarroi de la population.