1/3 de la population mondiale n'a pas d'accès à internet selon une dernière étude publiée par l'Union internationale des télécommunications (UIT), agence des Nations Unies pour le développement spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication, basée à Genève.

Selon l'UIT, 2,7 milliards de personnes - donc 1/3 de la population mondiale - ne seraient pas connectées à Internet en 2022, contre 3 milliards en 2021. A contrario 5,3 milliards de personnes dans le monde a accès aujourd'hui à internet.

Bien au delà de ces chiffres, c'est surtout le ralentissement de la croissance des utilisateurs d'internet qui fait s'interroger l'UIT. En effet, si le nombre de nouvelles personnes qui se connectent à internet augmente, la croissance est bien plus lente que par le passé.

Qualifiée "d'encourageante" par l'agence onusienne, cette croissance ralentie suggère que "sans une augmentation des investissements dans les infrastructures et un nouvel élan pour favoriser les compétences numériques, les chances de connecter tout le monde d'ici 2030 semblent de plus en plus minces" explique l'UIT.

"La pandémie de COVID-19 nous a donné un grand coup de pouce en matière de connectivité, mais nous devons poursuivre sur cette lancée pour faire en sorte que chacun, partout, puisse bénéficier des technologies et des services numériques", a déclaré Houlin Zhao, secrétaire général de l'UIT. "Cela ne peut se faire qu'en investissant davantage dans les réseaux et les technologies numériques, en mettant en œuvre une réglementation fondée sur les meilleures pratiques et en continuant à mettre l'accent sur le développement des compétences alors que nous entrons dans une ère post-pandémique" assure-t-il.

La connectivité universelle d'ici 2030 impossible?

Alors que l'ONU avait fait de 2030 une année charnière pour parvenir à la connectivité universelle, cela semble aujourd'hui compris à en croire l'UIT qui explique avoir deux défis d'importance à mener pour y parvenir:

  • Premièrement, il sera de plus en plus difficile de parvenir à la connectivité universelle, ce qui signifie mettre en ligne le tiers restant de l'humanité. La plupart des communautés relativement faciles à connecter ont désormais accès à des technologies telles que le haut débit mobile, ce qui favorise l'adoption rapide et généralisée des services numériques. Celles qui ne sont toujours pas connectées vivent pour la plupart dans des zones reculées et difficiles à atteindre explique l'UIT.
  • Deuxièmement, le passage d'une connectivité de base à une connectivité significative - par laquelle les gens n'ont pas seulement un accès facile à l'internet mais sont capables de l'utiliser régulièrement et efficacement pour améliorer leur vie - est complexe. Souvent, ces défis sont négligés ou sous-estimés. Parmi les obstacles, l'UIT cite  la lenteur de la vitesse de l'internet, l'accessibilité financière limitée du matériel et des abonnements, l'insuffisance de la sensibilisation et des compétences numériques, les barrières linguistiques et l'analphabétisme, ainsi que des problèmes tels que la discrimination fondée sur le sexe ou l'absence d'une source d'énergie fiable. Tous ces problèmes doivent être résolus pour que chacun puisse bénéficier d'un accès équitable aux ressources en ligne assure l'instance onusienne.


Doreen Bogdan-Martin, directrice du Bureau de développement des télécommunications de l'UIT, a dans ce sens déclaré : "Si l'augmentation du nombre de personnes utilisant l'Internet dans le monde est positive, il ne faut pas croire que la croissance robuste observée ces dernières années va se poursuivre sans relâche. Les personnes qui n'utilisent pas encore l'internet seront les plus difficiles à mettre en ligne. Ils vivent dans des zones reculées, appartiennent souvent à des groupes défavorisés et, dans certains cas, ne sont pas familiers avec ce que l'internet peut offrir. C'est pourquoi notre objectif doit être non seulement la connectivité universelle, mais aussi une connectivité universelle utile" assure-t-elle.

L'UIT définit la "connectivité utile" comme un niveau de connectivité qui permet aux utilisateurs de vivre une expérience en ligne sûre, satisfaisante, enrichissante et productive à un coût abordable.

Des disparités régionales flagrantes

À l'échelle mondiale, le nombre d'utilisateurs d'Internet a augmenté de 7% et le taux de pénétration d'Internet - la part des individus utilisant Internet - a augmenté de 6% entre 2021 et 2022. Cependant, comme l'explique l'UIT la croissance est inégalement répartie entre les différentes régions du monde.

Les régions où la pénétration de l'Internet est faible ont enregistré la croissance la plus rapide au cours de l'année écoulée - suivant un schéma de diffusion typique des technologies nouvelles et émergentes.

L'Afrique, la moins connectée des six régions du monde, a enregistré une croissance de 13% de la pénétration de l'Internet en glissement annuel. Aujourd'hui, 40% de la population africaine est en ligne. Les Etats arabes ont affiché une croissance robuste, l'Internet touchant désormais 70%de la population.
En Asie et dans le Pacifique, la pénétration de l'Internet est passée de 61% en 2021 à 64% en 2022, par rapport à la population de la région.
Les Amériques, les pays d'Europe de l'Est ont chacune enregistré une croissance de 3%, avec plus de 80% de la population en ligne dans chaque région. Enfin, l'Europe reste la région la plus connectée au monde, avec 89% de sa population en ligne.